Observatoire · Prix & pouvoir d'achat

Prix & pouvoir d'achat : où va l'argent ?

L'inflation a ralenti, mais les prix ne sont pas redescendus. Cet observatoire ne dit pas seulement que la vie est chère : il suit quel produit a augmenté, quelle décision l'État a prise, combien elle a coûté, et si le prix promis est arrivé jusqu'au consommateur.

Sources : ANSD (IHPC), ministère du Commerce, ministère des Finances
01

Ce qui a réellement augmenté

L'inflation mesure la vitesse à laquelle les prix montent, pas leur niveau. Elle a fortement ralenti depuis le pic de 2022. Mais les prix qui ont monté ne sont pas redescendus : ils montent seulement moins vite.

L'inflation, année par année
variation annuelle des prix à la consommation · ANSD (IHPC)
2022
9,7 %
2023
5,9 %
2024
0,8 %
2025
1,4 %
La hausse a nettement ralenti : de 9,7 % en 2022 à 0,8 % en 2024, puis une légère remontée à 1,4 % en 2025. En mai 2026, l'ANSD mesure +1,3 % sur un an. Le pic de 2022 est passé, mais les prix continuent de monter chaque année.
Le coût de la vie, lui, ne redescend pas
niveau des prix cumulé, base 100 en 2021 · calcul à partir des taux ANSD
2021
100
2022
109,7
2023
116,2
2024
117,1
2025
118,8
C'est le point que les taux d'inflation cachent : le niveau des prix continue de monter chaque année, jamais il ne redescend. Depuis 2021, le panier coûte environ +19 %. Une inflation qui ralentit fait monter les prix moins vite, elle ne les fait pas baisser. Ce niveau est calculé en cumulant les taux annuels de l'ANSD (100 × 1,097 × 1,059 × 1,008 × 1,014).
Comment lire « inflation à 0,8 % » : ce n'est PAS une baisse des prix. C'est une hausse plus lente. Les prix montés en 2022-2023 (près de 16 % cumulés) restent en place : un salaire stable a donc perdu du pouvoir d'achat. Note méthodologique : l'ANSD a changé d'année de référence en janvier 2025 (base 100 en 2023, au lieu de 2014), mais les taux annuels restent comparables. confirmé ANSD, Note annuelle IHPC 2024.
02

Les prix fixés par l'État

En juin 2024, l'État a homologué des prix plafonds sur les produits essentiels. L'homologation est un outil récurrent : voici l'évolution des prix décidés au fil des années, produit par produit.

Vérifié à la source : ces prix ont été fixés par le Conseil national de la consommation (21 juin 2024) et l'arrêté ministériel n° 09852 du 24 juin 2024, entrés en vigueur le 24 juin. L'affichage en boutique est obligatoire. confirmé ministère de l'Industrie et du Commerce ; gouvernement (sec.gouv.sn), 13 juin 2024.
Point d'attention sur le coût : deux montants circulent. Le gouvernement annonce 53,4 milliards FCFA mobilisés (via renoncement aux droits de douane), tandis que le ministère du Commerce titre « 75 milliards FCFA ». Ces chiffres ne recouvrent pas le même périmètre et sont des montants annoncés, pas des dépenses budgétaires exécutées. À distinguer soigneusement. à recouper sources gouvernementales concordantes à réconcilier.
Le prix homologué du riz brisé, au fil des décisions
prix de détail plafond, FCFA/kg · arrêtés du ministère du Commerce
avt 6/2024
450
juin 2024
410
avr. 2025
350
janv. 2026
300
Le prix plafond du riz brisé a baissé par paliers successifs : 450 → 410 → 350 → 300 FCFA/kg entre 2024 et 2026, soit -150 FCFA (-33 %) sur le prix officiel. Chaque palier correspond à un arrêté. Reste la question centrale : ce prix officiel est-il celui réellement payé en boutique ?
Contexte pluriannuel (confirmé) : l'État homologue les prix depuis longtemps. En février 2022, le riz était déjà passé à 300 FCFA/kg (15 000 F le sac) sous le gouvernement précédent, avant de remonter. Le sucre était à 650 F/kg en 2023, l'huile à 1 100 F/L en mai 2023. Comparer ces paliers dans le temps montre que l'homologation est un outil récurrent, dont l'effet durable dépend de l'application sur le terrain. confirmé arrêtés et communiqués du ministère du Commerce (2022-2026).
Produit (prix de détail)2023Juin 20242025-2026Statut
Riz brisé ordinaire450 F/kg410 F/kg300 F/kgconfirmé
Sucre cristallisé650 F/kg600 F/kg600 F/kgconfirmé
Huile de palme raffinée1 100 F/L1 000 F/L1 000 F/Lconfirmé
Pain (baguette 190 g)175 F150 F150 Fconfirmé
confirmé Prix plafonds successifs : arrêtés du ministère du Commerce (mai 2023, juin 2024, avril 2025, janvier 2026). Prix de détail à Dakar ; différentiel de transport ajouté hors Dakar.
03

Le riz, du port au consommateur

Le riz est l'aliment de base. Le ministère du Commerce publie sa chaîne de prix officielle, de l'import au détail. Suivre cette chaîne, c'est voir où se forme le prix payé.

Où se forme le prix du riz : du port à la boutique
prix de détail 410 F/kg (juin 2024) · ministère du Commerce
91 % du prix (375 F) est déjà fixé à l'import. Voici les 35 F ajoutés ensuite, étape par étape :
Gros
 
+4 F
Demi-gros
 
+6 F
Détail
 
+25 F
Les marges de la distribution locale : le grossiste ajoute 4 F (375→379), le demi-grossiste 6 F (379→385), le détaillant 25 F (385→410). Au total 35 F, soit 9 % du prix final. L'essentiel du prix est donc formé au port : agir sur le coût du riz passe surtout par l'import (droits de douane, fret, cours mondial), pas par les boutiques.
Le cas de la farine : sur la farine boulangère, le ministère du Commerce a lui-même reconnu un fait notable. L'État a budgétisé une subvention de 1 645 FCFA par sac de 50 kg, alors que le manque à gagner réel des meuniers, calculé par les services de l'État, n'était que de 982 FCFA par sac. Le ministère note aussi que les minoteries dégagent des bénéfices de 2 à 14 milliards FCFA (états financiers 2022-2023) et évoque de possibles « surévaluations de charges au profit de leurs sièges sociaux ». confirmé ministère de l'Industrie et du Commerce, juin 2024.
Suite de la baisse (confirmé) : après 410 FCFA (juin 2024) puis 350 FCFA (2025), le prix homologué du riz brisé est passé à 300 FCFA/kg à Dakar le 6 janvier 2026 (arrêté n° 000685). La nouvelle chaîne officielle : 270 000 F/tonne à l'import, 274 000 en demi-gros, 280 000 en gros, 300 F/kg au détail. Hors Dakar, un différentiel de transport s'ajoute. confirmé gouvernement, communiqué et arrêté du 6 janvier 2026. Le ministère avait estimé la baisse cumulée depuis avril 2024 à un équivalent de 140 Md FCFA, mais c'est une estimation déclarée, pas une dépense budgétaire exécutée. à recouper pour ce dernier montant.
3b

L'oignon : un produit local, un prix en montagnes russes

Contrairement au riz, l'oignon est produit localement. Son prix illustre un autre mécanisme : la régulation par le gel des importations pour protéger les producteurs, avec des effets sur le prix payé.

~500
Prix courant à Dakar (FCFA/kg)
ordre de grandeur 2025 · varie fortement selon la saison
2025
à recouper prix de marché (presse), pas de mesure ANSD dédiée
9 mois
Gel des importations
du 25 janvier au 19 septembre 2025 · la production locale a couvert le marché
2025
confirmé ministère du Commerce / ARM (communiqué APS)
Le mécanisme (confirmé) : pour soutenir les producteurs, l'Agence de régulation des marchés (ARM) a gelé les importations d'oignon le 25 janvier 2025, puis levé ce gel le 19 septembre 2025 quand les stocks locaux se sont épuisés. La production nationale a couvert le marché pendant neuf mois. Ce gel protège les producteurs, mais peut tendre les prix pendant la période de soudure (avant la récolte). D'autres facteurs jouent : spéculation, transport, forte demande des périodes religieuses. confirmé ministère de l'Industrie et du Commerce / ARM, 2025. Le prix de marché lui-même n'est pas mesuré officiellement de façon continue : c'est un angle mort de la donnée publique.
04

Combien l'État dépense pour contenir les prix

Derrière les prix bas, il y a de l'argent public. En suivant les dépenses réellement exécutées, on voit la place qu'occupent les subventions dans le budget de l'État, et pourquoi l'énergie en est le poste central.

412,6 Md
Subventions à l'énergie (FCFA)
compensation tarifaire et pertes commerciales · dépense exécutée
2025 · exécuté
confirmé Rapport d'exécution budgétaire 2025 (ministère des Finances)
271,7 → 412,6 Md
Subvention énergie, en hausse
de 271,7 Md à 411,6 Md entre 2024 et 2025 · +52 %
2024 → 2025
confirmé analyse budgétaire BudgiT / rapport d'exécution
53,4 Md
Denrées alimentaires (FCFA)
montant ANNONCÉ en 2024 (droits de douane) · pas une dépense exécutée, donc non comparable directement
2024 · annoncé
confirmé gouvernement, juin 2024 (annoncé, non exécuté)
Le budget exécuté de l'État : 2024 et 2025 comparés
dépenses réellement exécutées, milliards FCFA · RTEB (ministère des Finances)
2024  ·  6 506 Md dépensés
2 267
1 581
1 063
822
773
2025  ·  5 865 Md dépensés
1 472
1 456
1 454
1 088
394
Investissements / capital Transferts courants Salaires Dette Autres (biens & services, etc.)
Deux faits ressortent de l'exécuté : la masse salariale grimpe (1 063 → 1 454 Md, +37 %) et le service de la dette bondit (822 → 1 088 Md, +32 %). La dette pèse désormais presque autant que les salaires. confirmé RTEB 2024 et 2025.
Nuance de méthode (importante) : les catégories 2024 et 2025 ne sont pas parfaitement comparables. Le ministère des Finances signale lui-même un reclassement en 2025 : des dépenses de fonctionnement auparavant classées en « transferts en capital » ont été déplacées vers les « transferts courants », et le périmètre des investissements a changé. C'est pourquoi le poste « capital » 2024 (2 267 Md) apparaît plus gros que les « investissements » 2025 (1 472 Md) : il ne s'agit pas d'une chute réelle, mais d'un changement de nomenclature. ce piège est signalé plutôt que de laisser croire à un effondrement de l'investissement. confirmé RTEB (note méthodologique du ministère).
La subvention à l'énergie, en forte hausse puis en flambée
milliards FCFA · exécuté puis prévu · rapport d'exécution / BudgiT / DPBEP
juin 2024
167,8
2024
271,7
2025
412,6
2026 révisé
729
C'est le poste qui bouge le plus. La subvention énergie a plus que doublé en un an (272 → 413 Md), puis flambe à 729 Md en 2026 sous le choc pétrolier. C'est ce qui contient le plus les prix (électricité, carburants), mais aussi le plus volatil et le plus exposé au cours mondial du pétrole. confirmé rapport d'exécution 2025, analyse BudgiT, DPBEP 2027-2029.
Comment lire ces chiffres (constat vérifié) : les montants 2025 sont les dépenses réellement exécutées (rapport RTEB), toutes de même nature et même année, donc comparables. La masse salariale (1 454 Md) paie 191 507 agents, dont 58,9 % dans l'éducation. Les subventions énergie (413 Md) sont un choix politique assumé pour préserver le pouvoir d'achat, mais des analystes budgétaires (BudgiT) notent qu'en l'absence de ciblage, elles profitent aussi aux ménages aisés. les montants sont exposés ; le jugement sur leur efficacité appartient au lecteur. confirmé rapport d'exécution budgétaire 2025 ; Cour des comptes (masse salariale 2019-2023).
Le choc de 2026 (à suivre) : le choc pétrolier début 2026 (tensions au Moyen-Orient) a fait exploser les subventions énergétiques prévues de 250 à 729 milliards FCFA, forçant l'État à 687 milliards FCFA de coupes budgétaires ailleurs. Dès le premier trimestre 2026, 165,5 Md de subventions énergie avaient déjà été versés. confirmé DPBEP 2027-2029 ; rapport T1 2026. Cela montre la fragilité du modèle : les prix bas dépendent d'une dépense publique très sensible au cours du pétrole.
05

Ce que nous importons, et notre dépendance

Le prix de l'assiette sénégalaise se décide en partie sur les marchés mondiaux, parce que le pays importe l'essentiel de ses céréales de base. Suivre ces volumes, c'est comprendre pourquoi les prix bougent.

315 Md
Facture d'importation du riz (FCFA)
1,38 million de tonnes en 2024 · le riz = 40 % des importations alimentaires
2024 · ANSD
confirmé ANSD, Note d'analyse du commerce extérieur 2024
171,4 Md
Facture d'importation du blé (FCFA)
904 947 tonnes en 2024 · quasi 100 % importé (France, Russie, Lituanie, Pologne)
2024 · ANSD
confirmé ANSD, NACE 2024
950 Md
Les 10 aliments les plus importés (FCFA)
en 2024 · poids majeur dans la balance commerciale
2024 · ANSD
confirmé ANSD, NACE 2024
La facture d'importation du riz grimpe
milliards FCFA par an · ANSD (commerce extérieur)
2023
302 Md
2024
315 Md
S1 2025
207 Md*
Le volume importé atteint 1,38 million de tonnes en 2024. *Le premier semestre 2025 seul (207 Md) dépasse déjà les deux tiers de l'année 2024 entière : la facture a bondi de +45 % sur un an, sous l'effet de la hausse des volumes. La dépendance s'accroît, malgré les objectifs d'autosuffisance.
La dépendance, en clair : le riz est l'aliment de base, mais le Sénégal en importe 1,38 million de tonnes par an. Le blé (pour le pain) est importé à quasi 100 %. Quand les cours mondiaux ou le fret montent, le prix intérieur suit, et l'État doit subventionner pour amortir. C'est le lien direct entre dépendance aux importations et coût de la vie. Au 1er semestre 2025, la facture du riz a bondi de 45 % (207 Md FCFA) sous l'effet de la hausse des volumes. confirmé ANSD, données 2024-2025.
Qui importe ? (à instruire) : derrière ces volumes, un petit nombre d'importateurs agréés se partagent le marché. L'identité de ces entreprises, leur part de marché et les éventuelles subventions ou agréments dont elles bénéficient sont un axe d'enquête, à documenter à partir des données des Douanes, des marchés publics et des rapports de la Cour des comptes. à instruire données par importateur non encore réunies.
06

Le logement, premier poste des ménages

Se loger, surtout à Dakar, pèse lourd dans le budget des ménages. L'État a tenté de réguler par décret. Voici ce qui a été décidé, et ce que la mesure a produit, selon les chiffres officiels.

1 mois
Caution maximum à l'entrée
le reste de la caution (max 2 mois) étalé sur 12 mois
décret 2023
confirmé décret n° 2023-382
0
Mois d'avance autorisé
le loyer est payable à terme échu (à la fin du mois), plus d'avance
décret 2023
confirmé décret n° 2023-382
½ mois
Frais d'agence maximum
plafonnés à un demi-mois de loyer
décret 2023
confirmé décret n° 2023-382
Loyer mensuelBaisse imposéeStatut
≤ 300 000 FCFA-15 %confirmé
300 001 à 500 000 FCFA-10 %confirmé
> 500 000 FCFA-5 %confirmé
Vérifié à la source : décret n° 2023-382 du 24 février 2023, entré en vigueur le 1er mars 2023. Il plafonne aussi la caution à 2 mois (1 seul payable à l'entrée), ramène les frais d'agence à un demi-mois, et interdit le paiement du loyer d'avance. Une commission de régulation (CONAREL) a été créée pour le suivi. confirmé ministère des Finances ; Journal officiel n° 7605 du 2 mars 2023.
Nuance de vérification (piège de chiffres) : certaines sources annoncent une baisse de 20 % pour les loyers ≤ 300 000 FCFA. Le texte officiel du ministère des Finances et le décret publié au Journal officiel indiquent 15 %. le chiffre retenu est celui du texte officiel. C'est un exemple de pourquoi il faut aller au décret, pas à la reprise de presse.
Ce que la mesure a produit (à recouper) : selon un observatoire immobilier privé (AML), les prix des nouveaux baux d'habitation auraient baissé d'environ 15 % au 1er trimestre 2023 en glissement annuel. Attention : cette mesure vient d'un acteur privé, pas de l'ANSD. à confirmer à une source officielle avant publication. L'ANSD publie bien un indice du coût de la construction, mais un indice officiel des loyers résidentiels reste à identifier. à recouper observatoire privé AML, à confirmer à l'ANSD.
Ce que dit l'ANSD sur les loyers (confirmé) : selon l'enquête EHCVM 2021, le loyer mensuel moyen d'un ménage locataire avoisine 53 000 FCFA, monte à 64 502 FCFA à Dakar (et 44 361 à Saint-Louis), et représente 15,5 % des dépenses totales des ménages locataires. Rapporté au SMIG (64 223 FCFA), se loger à Dakar au prix moyen absorbe la quasi-totalité d'un salaire minimum. confirmé ANSD, EHCVM 2021.
Le trou de données officiel : interrogée en 2025, la Commission nationale de régulation des loyers (CONAREL) a reconnu n'avoir jamais produit de chiffres sur la part du revenu qu'un Sénégalais consacre à son loyer, faute de moyens financiers, logistiques et humains. L'organe chargé de réguler les loyers ne mesure pas lui-même le poids du loyer sur les ménages. confirmé CONAREL (déclaration au fact-checking Ouestaf, 2025).
07

Le panier face au salaire

Un prix ne veut rien dire seul : il compte par rapport à ce qu'on gagne. Mettre les prix en face du salaire minimum rend le coût de la vie concret.

64 223
SMIG mensuel (FCFA)
370,526 FCFA/heure · relevé en août 2023 (était ~58 900 avant)
Août 2023
confirmé décret n° 2023-1710 du 7 août 2023 (JO n° 7653)
54 000
Salaire médian (FCFA)
la moitié des salariés gagnent moins · donnée 2018, à actualiser (salaire moyen 122 123 en 2021/22)
2018 · ANSD
à recouper ANSD, Enquête emploi T1 2018 (chiffre ancien)
64 502
Loyer mensuel moyen à Dakar (FCFA)
53 000 en moyenne nationale · soit environ 1 SMIG entier pour se loger à Dakar
2021 · ANSD
confirmé ANSD, EHCVM 2021 (via vérification Ouestaf du document)
Le SMIG relevé en 2023
salaire minimum mensuel, FCFA · décret n° 2023-1710
avant
~58 900
Août 2023
64 223
Le SMIG horaire est passé de 333,808 à 370,526 FCFA/heure, soit environ 64 223 FCFA/mois (hausse d'environ 11 %). Sur la même période, l'inflation cumulée (près de 16 % sur 2022-2023) a plus que rogné ce gain : en pouvoir d'achat réel, le salaire minimum a reculé.
Ce que ça veut dire concrètement : avec un SMIG à 64 223 FCFA, un sac de riz, un bidon d'huile, la facture d'électricité et un loyer même modeste absorbent la quasi-totalité du revenu minimum. Le relèvement du SMIG de 2023 (environ +11 %) a été inférieur à l'inflation cumulée de la période (près de 16 % sur 2022-2023) : le pouvoir d'achat du salaire minimum a donc reculé. Le calcul précis du « panier minimum » rapporté au SMIG est un outil à construire, sur la base des prix homologués et du loyer médian ANSD.
Donnée à réunir : le loyer médian réel à Dakar et par région n'est pas encore établi ici à la source. L'ANSD publie un indice des loyers, mais le niveau médian en FCFA doit être extrait avant d'afficher un ratio précis loyer/salaire. à recouper ANSD, statistiques du logement.
08

Mesures : annoncé, décidé, mesuré

Le rôle d'un observatoire est de suivre chaque mesure sur trois colonnes : ce qui a été annoncé, ce qui a été officiellement décidé, et ce que les chiffres officiels ont mesuré ensuite. Voici l'état du suivi.

MesureDécidéRésultat mesuréStatut
Baisse des loyersDécret fév. 2023~-15 % nouveaux baux (source privée)à recouper
Baisse prix denréesArrêté juin 2024prix homologués appliquésdécidé
Relèvement du SMIGDécret août 2023+11 % (64 223 FCFA)mesuré
Riz à 300 FCFA/kgannoncé 2026application réelle à vérifierà suivre
Subvention farine cibléereconnu sur-calibréécart 1 645 vs 982 FCFA/sacdocumenté
Principe : une mesure « annoncée » n'est pas une mesure « appliquée », et une mesure « décidée » n'est pas un « résultat mesuré ». Ce tableau ne dira jamais qu'une baisse a eu lieu tant qu'un chiffre officiel (ANSD, exécution budgétaire) ne l'a pas mesurée. C'est ce qui distingue le suivi citoyen de la communication.
09

Ce que l'État ne publie pas (encore)

Un observatoire honnête documente aussi les trous. Voici ce qui manque pour que le citoyen puisse vraiment suivre l'argent du coût de la vie, et qui doit être réclamé ou reconstitué.

Les angles morts identifiés :
· Le coût exécuté des baisses de prix alimentaires (on a l'annoncé, 53,4 Md, pas le dépensé réel).
· La liste des importateurs agréés de riz, sucre, huile, et leur part de marché.
· La ventilation de la subvention énergie (412 Md) : quelle part à l'électricité, aux carburants, à qui.
· Le loyer médian actualisé : l'ANSD donne un loyer moyen (EHCVM 2021), mais l'organe de régulation (CONAREL) reconnaît ne pas mesurer la part du revenu consacrée au loyer, faute de moyens.
· L'application effective des prix homologués et de la baisse des loyers sur le terrain (contrôles, sanctions).
· Le panier minimum officiel rapporté au SMIG, mesuré dans le temps.
Pourquoi ça compte : tant que ces données ne sont pas publiques et accessibles, le citoyen ne peut pas vérifier si l'argent public dépensé pour contenir les prix atteint son but, ni qui en bénéficie réellement. Documenter ces trous est en soi un travail d'intérêt public. C'est la mission de cet observatoire : non pas accuser, mais rendre vérifiable.