Observatoire · Électrification rurale

Électrification rurale : où est passée la redevance ?

Les Sénégalais paient une redevance sur chaque facture d'électricité pour raccorder les villages. Cette page suit l'argent : ce qui est collecté, ce qui est reversé, les projets promis, les localités réellement raccordées et les chantiers restés à l'arrêt.

Sources officielles datées · Cour des comptes, ministère de l'Énergie, ASER · juin 2026
01

Le contrat citoyen : la redevance d'électrification rurale

Chaque usager paie, sur sa facture, une redevance d'électrification rurale (RER). Elle est censée alimenter un fonds dédié pour raccorder les villages. Voici ce que la Cour des comptes a pu, et n'a pas pu, retracer.

2,64 Md
Redevance versée (FCFA)
par les concessionnaires sur 2018-2021 · usage précis non retraçable selon la Cour
2018-2021
confirmé Cour des comptes, rapport définitif ASER (2018-2021)
Aucun compte
Compte bancaire dédié au FER
la redevance était placée dans les comptes de fonctionnement et d'investissement de l'ASER
2018-2021
confirmé Cour des comptes, rapport définitif ASER
Jamais installé
Comité de supervision du fonds
l'organe censé superviser l'utilisation du Fonds d'électrification rurale n'a jamais été mis en place
2018-2021
confirmé Cour des comptes, rapport définitif ASER
Le constat central (confirmé) : entre 2018 et 2021, les concessionnaires ont versé 2,641 milliards FCFA de redevance d'électrification rurale. La Cour des comptes constate l'absence de compte bancaire dédié au fonds, l'absence du comité de supervision prévu par les textes, et une comptabilité qui ne permet pas d'identifier précisément les dépenses payées avec la redevance : celle-ci était confondue avec les subventions de l'État dans une rubrique comptable unique. Ce n'est pas une interprétation, c'est le constat direct de la Cour. confirmé Cour des comptes, rapport définitif ASER (exercices 2018-2021).
Ce qui n'est pas fabriqué : la Cour ne fournit pas de ventilation annuelle (2018 / 2019 / 2020 / 2021) des 2,64 Md, et reproche précisément à l'ASER l'absence de suivi détaillé par opérateur redevable. aucune répartition année par année n'est inventée ici ; par année : l'absence de cette donnée est elle-même le fait à documenter. à recouper ventilation annuelle non publiée par l'ASER.
Le détournement d'usage documenté : la Cour démontre que les seules subventions de fonctionnement et recettes de dossiers d'appels d'offres ne couvraient même pas les charges de personnel de l'ASER. Sur 2018-2021, ces recettes ont totalisé 5,36 Md FCFA face à 6,74 Md de charges de personnel, soit un écart de -1,375 Md. La Cour en conclut que l'ASER utilisait la redevance pour combler le déficit de son fonctionnement. confirmé Cour des comptes, rapport définitif ASER.
02

Le circuit de l'argent : RER → FER → villages

La loi organise un trajet précis pour la redevance, de la facture de l'usager jusqu'au village raccordé. Voici ce circuit légal, et les ruptures que la Cour des comptes y a constatées.

Les usagers d'électricité
chaque facture inclut la redevance
0,7 FCFA / kWh
ou 2,5 % (sans compteur)
Senelec + concessionnaires
collectent la redevance
reversement
trimestriel (4 échéances/an)
Fonds d'Électrification Rurale (FER)
doit recevoir et gérer la redevance
compte dédié
jamais ouvert
ASER / projets
subventions, prêts, garanties, travaux
usage
non retraçable
Les villages sous tension
l'objectif final de la redevance
plusieurs projets
à l'arrêt
Les ruptures constatées par la Cour (confirmé) : la loi prévoit quatre échéances annuelles de reversement. La Cour constate que les échéances n'étaient pas respectées et qu'aucune pénalité n'était appliquée, alors que les textes prévoient un intérêt de 5 % le premier mois de retard, puis 1 % par mois. À l'arrivée, le FER n'avait pas de compte dédié, pas de comité de supervision, pas de rapport annuel sur l'utilisation de la redevance. confirmé Cour des comptes, rapport définitif ASER (2018-2021).
La donnée centrale qui manque : pour boucler ce circuit, il faudrait savoir, chaque année, combien la redevance a rapporté, combien a été reversé au FER, combien a réellement financé des raccordements, et quel est le solde. Ces montants ne sont pas publiés. Tant qu'ils ne le sont pas, le citoyen ne peut pas vérifier si l'argent de sa facture atteint les villages. C'est le premier chantier de transparence attendue. à recouper montants annuels RER collectés / reversés / utilisés, non publiés.
03

Ce qui a été réalisé : le taux rural qui monte, la cible qui s'éloigne

Le taux d'électrification rurale progresse réellement depuis dix ans. Mais la progression ralentit, et la cible d'accès universel a reculé plus vite que le taux n'avance.

Le taux d'électrification rurale, année par année
en % · ministère de l'Énergie (rapports annuels)
2015
31,5 %
2018
42,3 %
2019
54 %
2020
55 %
2021
58,2 %
2022
60,9 %
2023
65,6 %
cible
100 %
La progression ralentit nettement : +22,5 points de 2015 à 2019 (31,5 → 54 %), mais seulement +11,6 points sur les quatre années suivantes (2019-2023). L'objectif annuel de l'ASER n'a pas été atteint : 58,2 % réalisés fin 2021 pour une cible de 80 %, et globalement 1 436 villages électrifiés sur 2 702 visés (53 %) selon la Cour. La cible d'accès universel (100 %), elle, a reculé de 2025 à 2029. confirmé ministère de l'Énergie, rapports annuels ; Cour des comptes pour 2021.
Encadré méthode · même le taux dépend de la mesure : selon la source, le taux rural 2022 vaut 60,8 % (données du ministère, MEPM) ou 43,4 % (méthode ODD 7 des Nations unies), soit 17 points d'écart pour la même année. De même, deux chiffres circulent pour 2023 : 65,6 % (rapport annuel) et 65,84 % (page électricité du ministère). les chiffres retenus sont ceux du ministère, en les datant, mais signale que le taux affiché dépend de la définition retenue. C'est pourquoi il faut regarder aussi le nombre de villages réellement raccordés, pas seulement le pourcentage. confirmé Pacte national pour l'énergie (écart MEPM / ODD 7).
Ce que « taux » ne dit pas : un taux d'électrification rurale élevé ne signifie pas que chaque foyer est branché. Une « localité électrifiée » a l'infrastructure disponible, mais tous les ménages n'y sont pas raccordés (le coût du branchement intérieur reste souvent à leur charge). trois indicateurs distincts sont donc suivis : le taux rural, le nombre de localités sous tension, et le nombre de ménages réellement raccordés, ce dernier étant le moins publié. à recouper nombre de ménages ruraux effectivement raccordés.
04

Les projets : promis vs réalisé

Pour chaque grand programme, le même format : ce qui était promis, ce qui a été fait, le taux de réalisation physique, et l'état au moment du contrôle. Les chiffres proviennent du rapport définitif de la Cour des comptes.

● à l'arrêt · Cour des comptes / OFNAC
OS MYNA
60 Md FCFA · via le PNUER · contrat signé déc. 2015
Localités
368 / 1 144
Dorsales MT
16 / 20
Réalisation 32 % Déficit 12,3 Md 27,23 Md d'avances (OFNAC)
Contrat de 60 Md signé en décembre 2015 (dorsales moyenne tension + électrification de 1 144 localités), délai initial de 12 mois. À fin 2021, la Cour relève 368 localités sur 1 144 (32 %) et 16 dorsales sur 20, mauvaise planification et échéances de paiement de l'État non tenues, d'où un déficit de 12,314 Md. L'OFNAC documente de son côté deux avances de 12 Md et une troisième de 3,228 Md (déc. 2016), soit 27,228 Md d'avances identifiables, la troisième dépassant le plafond contractuel de 40 %. Après le rejet d'un avenant par l'ARMP, l'ASER a conclu en juin 2019 un protocole d'indemnisation plafonné à 30,840 Md, que la Cour juge utilisé pour poursuivre des travaux sans base contractuelle conforme ; les activités qui en découlent ont permis 45 villages et l'achèvement de la dorsale Kolda-Diaobé fin 2021.
confirmé Cour des comptes, rapport définitif ASER (2018-2021), tableau n°31 ; OFNAC, rapport d'activités 2018, dossier n°8.  ·  Note : le cumul « plus de 45 Md décaissés » provient d'une déclaration du DG de l'ASER (2025), non chiffré comme tel dans les deux rapports de contrôle.
● à l'arrêt · Cour des comptes
218 villages
7,025 Md FCFA · extension de réseaux
Localités
66 / 218
Réalisation 30 % Surcoûts 2,19 Md
Projet de 7,025 Md lancé en juin 2017 pour 6 mois. En septembre 2021, seules 66 localités sur 218 (30 %) étaient électrifiées. Le matériel est resté bloqué un an au port de Dakar, générant 1,143 Md de surestaries et magasinage et 1,044 Md de frais financiers et d'entrepôt fictif, soit 2,186 Md de surcoûts.
confirmé Cour des comptes, rapport définitif ASER (2018-2021), tableau n°32
● à l'arrêt · Cour des comptes
Facilité Énergie UE2
Union européenne + État · Matam, Kanel, Ranérou, Goudiry, Bakel
Contrepartie État
15 %
Contrepartie 1,2 M€ / 7,997 M€ 14 villages restants
70 villages-pôles promis, pour 50 000 personnes. Contrepartie de l'État attendue : 7 997 592 € ; versée : 1 200 000 €, soit 15 %. Le projet a été reporté (2020 puis 2022) avant l'arrêt, avec 14 villages restant à électrifier.
confirmé Cour des comptes, rapport définitif ASER (2018-2021)
● à documenter
1000 villages solaire
49,49 Md FCFA · Fonds Vert Climat / BOAD
Ménages
38 917 visés
Bilan physique à établir Solaire · 32 MW
Mini-réseaux 100 % solaires pour 1 000 villages isolés, au bénéfice de 38 917 ménages ruraux et 3 739 utilisateurs productifs, capacité ultime 32 MW. Coût total 198,7 M€ selon la BOAD, dont 75,445 M€ (≈ 49,488 Md FCFA) financés par le Fonds Vert Climat. Le bilan des réalisations physiques reste à documenter.
à documenter BOAD / Fonds Vert Climat (GCF) ; hors périmètre du rapport Cour des comptes 2018-2021
● en cours · 2025
ASER · IRENA
7,9 Md FCFA · Fonds d'Abou Dhabi + État
Personnes
~30 000 visées
Chantier lancé (12 mois) 5 régions · 2 MW
Lancé le 15 juillet 2025. Mini-centrales solaires autonomes dans 5 régions (Matam, Saint-Louis, Louga, Kaffrine, Tambacounda), pour près de 30 000 personnes. Indicateur à mettre à jour à la livraison.
ASER / IRENA / Fonds d'Abou Dhabi, juillet 2025
Le constat d'ensemble (confirmé) : les trois projets OS MYNA, 218 villages et Facilité UE2 étaient tous à l'arrêt au moment du contrôle de la Cour des comptes. Sur le taux de réalisation, aucun n'atteint la moitié de ce qui était promis, sauf les dorsales MT d'OS MYNA (80 %). Les deux projets solaires récents (1000 villages, ASER-IRENA) ne sont pas à l'arrêt, mais leur exécution physique reste à documenter. confirmé Cour des comptes, rapport définitif ASER (2018-2021) ; ASER pour les projets solaires.
Note de lecture sur UE2 : la Cour indique explicitement que 14 villages restent à électrifier sur les 70 ciblés. Le nombre de villages « réalisés » (56) n'est pas libellé tel quel dans le rapport : c'est une soustraction. la donnée brute de la Cour est affichée (14 restants) plutôt qu'un chiffre reconstitué. à recouper nombre exact de villages UE2 achevés.
4bis

Tous les programmes depuis 1999

L'électrification rurale s'est faite par vagues de programmes et de bailleurs. Le taux rural est passé d'environ 31,5 % (2015) à 65,6 % (2023), pendant que l'objectif d'accès universel glissait de 2025 à 2029. Inventaire des principaux programmes et de leur statut connu.

ProgrammePériodeFinancementCibleStatut
Création de l'ASERcadre légal1998-99Loi 98-29agence d'électrification ruraleRepère
RER & FERcircuit de l'argent2006Loi 2006-18 · redevanceredevance des factures → Fonds d'électrificationOpaque
PNUERprogramme cadreannées 2010État + bailleursprogramme national d'urgence (porte OS MYNA)Cadre
PASER · concessions CER2005-13opérateurs privés10 zones · 6 attribuées · ENCO déchu en 2021Partiel
ERIL / ERDinitiative localeannées 2000+diversmini-réseaux locaux · 4 016 abonnés (2021)Dysfonctions
OS MYNAvia le PNUER201560 Md · déficit 12,3 Md1 144 localités + 20 dorsales MT368 · à l'arrêt
218 villages2018-217,03 Md · NSMTP / Fass Élec.218 localités · surcoûts 2,19 Md66 · à l'arrêt
Facilité Énergie UE22018-21UE + État · contrepartie 15%70 villages-pôles · 50 000 pers.14 restants · à l'arrêt
BID · BOAD · ECREEE2018-21multi-bailleurspaiements directs non retracés en compta ASEROpacité
Mini-centrales PUDC2018-21PUDCBakel, Goudiry, Matam · installées non exploitéesà l'abandon
ASER-300 villagesGAUFF2019EPPM (Allemagne)300 villages, 840 km, 25 000 poteauxen exécution
PADAES2022-27150 M$ · Banque mondiale (IDA)200 000 ménages · 1010 localités · lancé 2024 (Keur Massar, Rufisque)déploiement
MCA · Senegal Power Compact2021-26600 M$ · USA · (accès : 35 Md)350 villages · 181 000 pers. · 49 électrifiés (avr. 2026)49 / 350
Team Europe202280 M€ · UE + AFD + BEI + GIZconcessions Matam & Ziguinchor · 22 000 ménagesen cours
1000 villages solaire202249 Md · Fonds Vert Climat / BOAD39 000 ménagesà documenter
AEE Power202491,8 Md · Santander / CESCE928 à 1 740 localitésenquête
Localités Sud202525 Md · BADSédhiou, Kolda, Ziguinchorétape livrée
Localités Kolda202527,5 M$ · BID + ISFDrégion de Koldaen cours
ASER-IRENA20257,9 Md · Abou Dhabi + État30 000 personnes · 5 régionslancé
Lecture prudente : les montants correspondent à des enveloppes annoncées ou engagées, pas nécessairement décaissées. « Opaque », « épinglé » ou « enquête » ne signifie pas « condamné » : la présomption d'innocence s'applique. Ces statuts sont des repères de suivi, à actualiser au fil des rapports officiels. à suivre statuts à mettre à jour au fil de l'actualité.

Les bailleurs mobilisés

Banque mondiale IDA · Ci-Dev Union européenne AFD BEI USA · MCA Allemagne KfW · GIZ BOAD Fonds Vert Climat BAD BID · ISFD Abou Dhabi Espagne · Santander · CESCE
05

Dossier AEE Power : le décaissement de 37 milliards

Ce dossier est traité à part car il fait l'objet de procédures en cours. on sépare strictement trois plans distincts, souvent confondus dans le débat public, et applique la présomption d'innocence à toutes les parties.

⚠ Affaire en cours · présomption d'innocence. Les éléments ci-dessous proviennent de procédures judiciaires et de déclarations publiques. Aucune condamnation n'est établie à ce jour. Une partie des faits n'a pas encore été confirmée par un rapport de contrôle public sénégalais.
91,8 Md
Montant du contrat (FCFA)
signé le 23 février 2024 · périmètre variant de 928 à 1 740 localités selon les renégociations
Févr. 2024
confirmé contrat ASER / AEE Power EPC (marché N°T0296/24-DK)
37 Md
Avance décaissée (FCFA)
versée le 11 juin 2024 (≈ 56 M€) · avance démarrage 18,4 Md + dépenses 15,3 Md + crédit 3,1 Md
Juin 2024
confirmé procédure judiciaire espagnole (Diligencias Previas 140/2026)
~1,4 %
Travaux réalisés sur le terrain
environ 25 localités électrifiées sur 1 740, 18 mois après le versement, selon un courriel du DG de l'ASER (déc. 2025)
Déc. 2025
à recouper courriel DG ASER cité publiquement ; non confirmé par un rapport de contrôle public

Les trois plans, à ne pas confondre

Administratif
L'ASER est l'autorité contractante ; le débiteur officiel est le ministère des Finances. L'ASER affirme avoir hérité d'un contrat de l'ancien régime, puis l'avoir renégocié pour intégrer du contenu local.
Contractuel / commande publique
La Cour suprême a annulé, le 21 janvier 2026, une décision de l'ARCOP, estimant que celle-ci avait outrepassé sa compétence en tranchant un litige d'exécution contractuelle. Cet arrêt ne juge pas l'usage des 37 Md.
Pénal / financier
Des investigations distinctes portent sur l'usage des fonds : procédure à Madrid (ouverte le 24 février 2026), Pool judiciaire financier sénégalais saisi (plainte d'octobre 2025), juge d'instruction désigné. Aucune condamnation à ce jour.

Les flux, selon la procédure espagnole

22 020 €
solde du compte la veille
~37 Md
crédités le 11 juin 2024
≈ 1 346 €
solde au 27 février 2026
Ce que dit la procédure de Madrid : selon les relevés de Banco Santander versés à la procédure, environ 46 M€ ont quitté le compte en 48 jours : 139 virements vers 7 banques espagnoles (13,6 M€), transferts internes au groupe AEE (19,3 M€), envois vers le Sénégal (SONAC, AEE Power SUARL, Dakar Energie Projects, ≈ 10,6 M€), et vers d'autres pays. Ce détail figure dans la procédure judiciaire espagnole ; il n'a pas été confirmé à ce jour par un rapport de contrôle public sénégalais. à recouper Tribunal de Madrid (Diligencias Previas 140/2026), à consolider par une source de contrôle sénégalaise.
Le KPI qui manque, et qui compte le plus : au-delà des mouvements bancaires, la vraie question d'intérêt public est : combien de localités ont réellement été électrifiées après les 37 Md ? Le chiffre le plus précis vient d'un courriel du DG de l'ASER lui-même (déc. 2025) : environ 25 localités sur 1 740, soit un taux de réalisation d'environ 1,4 %, pour un montant réellement engagé sur le terrain estimé à 2 Md sur 37 décaissés. Ce chiffre reste à consolider par un rapport de contrôle public. cet indicateur est retenu comme central. à recouper exécution physique, à confirmer par un rapport officiel.
06

Le verdict de la Cour des comptes, et une cible qui recule

Le rapport définitif de la Cour des comptes sur l'ASER (2018-2021) dresse un constat sévère : gouvernance défaillante, projets à l'arrêt, redevance non retraçable. Pendant ce temps, l'échéance de l'accès universel s'est éloignée.

Les principaux constats de la Cour (confirmé) : gestion de la redevance sans compte dédié ni comité de supervision ; trois grands projets (OS MYNA, 218 villages, Facilité UE2) à l'arrêt ; objectif global manqué (1 436 villages sur 2 702 visés, taux rural 58,2 % pour une cible de 80 % en 2021) ; surcoûts liés à un matériel bloqué au port (2,19 Md sur le seul projet 218 villages) ; contreparties de l'État non versées. confirmé Cour des comptes, rapport définitif ASER (exercices 2018-2021).

L'accès universel : une cible initiale manquée, deux horizons aujourd'hui

2025
Objectif initial, manqué
fixé sous Macky Sall (« 5 ans avant l'ODD mondial »). Non atteint : 65,6 % en zone rurale fin 2023.
2029
Objectif sectoriel actuel
inscrit dans la LPDSE 2025-2029 et l'Energy Compact (Mission 300). L'AIE juge la trajectoire atteignable.
2030
Horizon international parallèle
ODD 7 des Nations unies et Pacte national pour l'énergie (6,6 M de personnes à raccorder).
Précision de vérification (piège de dates) : il ne s'agit pas de trois reports successifs. 2025 était l'objectif initial, aujourd'hui manqué. 2029 est l'objectif sectoriel actuel du Sénégal (document LPDSE). 2030 est l'horizon des Nations unies (ODD 7), repris par le Pacte national pour l'énergie. ces trois natures sont distinguées plutôt que de parler d'un « report à 2029 puis 2030 », ce qui serait inexact. confirmé LPDSE 2025-2029 (2029) ; Pacte national pour l'énergie / ODD 7 (2030).
07

Justice : 30 ans de rapports, peu de suites

Des dizaines de rapports d'alerte (Cour des comptes, IGE, CENTIF) ont visé la gestion de l'électrification rurale. Sur la période, une seule condamnation pénale définitive a été prononcée. Trois statuts sont distingués ci-dessous : une enquête n'équivaut jamais à une condamnation.

30 ANS DE RAPPORTS1 CONDAMNATION
Des dizaines de rapports d'alerte (Cour des comptes, IGE, CENTIF) ; une seule condamnation définitive sur la période (affaire Modibo Diop).
Condamnation définitive Enquête ouverte / en cours Aucune suite judiciaire connue
Affaire Modibo Diop (ex-DG ASER)
détournement de deniers publics sur un financement Banque mondiale d'électrification rurale. Condamné en 2013 (5 ans, réduits à 3 en appel en 2014), amende et 600 M FCFA de dommages à l'État. La seule condamnation pénale définitive de la période.
Condamné
Dossier AEE Power
usage des 37 Md décaissés. Pool judiciaire financier saisi (plainte oct. 2025), juge d'instruction désigné ; procédure parallèle à Madrid. Aucune condamnation à ce jour.
Enquête ouverte
Projets OS MYNA, 218 villages, UE2
projets « à l'arrêt » selon la Cour des comptes. Constats de gestion, mais aucune procédure judiciaire publique identifiée sur ces seuls constats.
Aucune suite connue
Matériel non déployé / écarts de facturation
stock mort (poteaux, transformateurs jamais installés) et écarts présumés de facturation, signalés de longue date par la Cour des comptes. À établir dossier par dossier.
Aucune suite connue
Règle sur la justice : « épinglé », « visé par une enquête » ou « cité dans un rapport » ne signifie jamais « condamné ». La présomption d'innocence s'applique à toutes les personnes et sociétés citées. Ces statuts sont à actualiser au fil de l'actualité judiciaire : une enquête peut aboutir à un non-lieu comme à une condamnation. confirmé pour Modibo Diop (décisions de 2013-2014) ; à suivre pour les procédures en cours.
08

Ce qu'il reste à faire : les villages dans le noir

Derrière les taux, il y a des villages précis. Le directeur de l'ASER a donné les chiffres devant les députés en février 2025. ils sont affichés tels quels, sans fabriquer de carte que la donnée publique ne permet pas.

7 273
Localités rurales électrifiées
sur 23 000 localités rurales au total
Févr. 2025
confirmé DG ASER, séminaire parlementaire (févr. 2025)
5 663
Localités en cours
chantiers d'électrification en cours à cette date
Févr. 2025
confirmé DG ASER, séminaire parlementaire
8 457
Localités encore dans le noir
non électrifiées et pas encore en chantier
Févr. 2025
confirmé DG ASER, séminaire parlementaire
Encadré méthode · un chiffre qui varie selon la source : le nombre de localités « restantes » change fortement d'une déclaration à l'autre : 8 457 (ASER, févr. 2025), 6 471 (SG ASER, juin 2026), ou « plus de 14 000 » (DG ASER, 2024). L'écart vient surtout du total de référence retenu (20 861, 21 170, 23 000 ou 25 000 localités selon les sources) et de la définition (localité vs village vs ménage). le chiffre retenu est le plus explicitement daté et sourcé (8 457, févr. 2025) et signale la variabilité. confirmé déclarations ASER (chiffres divergents selon les dates).
Pourquoi il n'y a pas de carte des 8 457 villages : une carte laisserait croire qu'on connaît précisément la localisation de chaque village restant. Or la liste géolocalisée des localités non électrifiées n'est pas publiée. En dessiner une reviendrait à inventer une précision qui n'existe pas. L'absence de cette liste publique est elle-même un fait à documenter : sans elle, impossible de vérifier la priorisation des chantiers ni de suivre l'équité territoriale. à recouper liste géolocalisée officielle des localités non électrifiées, non publiée.
Les disparités régionales connues : les régions les plus défavorisées sont Kédougou et Kolda (taux de couverture autour de 12 % et 17 % dans les données du plan d'accès universel). À l'inverse, plusieurs régions comptent chacune plus de 1 000 localités encore à électrifier. C'est une donnée ancienne (plan d'accès universel) qui mérite une actualisation à la source. à recouper taux régionaux actualisés par l'ASER.
09

Sources et méthode

Cette page suit une règle simple : chaque chiffre est daté et rattaché à sa source. Rien n'est marqué « confirmé » sans avoir été lu dans un document officiel. Ce qui n'a pu être vérifié reste « à recouper » ou « à documenter ».

Sources primaires utilisées :
· Cour des comptes, rapport définitif sur l'ASER (exercices 2018-2021) : redevance RER, projets à l'arrêt, taux de réalisation physique, surcoûts.
· Ministère de l'Énergie, du Pétrole et des Mines, rapports annuels d'activités et LPDSE 2025-2029 : taux d'électrification rurale, objectifs sectoriels.
· ASER, déclarations officielles du directeur général (séminaire parlementaire, févr. 2025) : localités électrifiées / en cours / restantes.
· Pacte national pour l'énergie (Mission 300, 2025) et ODD 7 : horizon 2030, écart méthodologique MEPM / ODD 7.
· Procédure judiciaire espagnole (Diligencias Previas 140/2026) : flux bancaires du dossier AEE Power, signalés comme non confirmés par un contrôle sénégalais.
Ce qui n'est pas fait : ne pas inventer de ventilation annuelle de la redevance (la Cour ne la publie pas) ; ne pas dessiner de carte des villages restants (la liste géolocalisée n'est pas publique) ; ne pas confondre montant annoncé et montant décaissé ; ne pas confondre les trois plans (administratif, contractuel, pénal) du dossier AEE Power ; ne jamais écrire « condamné » là où il n'y a qu'une enquête. La présomption d'innocence s'applique à toutes les personnes et sociétés citées.
Les chantiers de transparence attendue : la publication des montants annuels de redevance collectés, reversés et utilisés ; la liste géolocalisée des localités non électrifiées ; le nombre de ménages ruraux réellement raccordés ; et, pour le dossier AEE Power, la liste des villages effectivement électrifiés après le décaissement. Tant que ces données ne sont pas publiques, le citoyen ne peut pas vérifier si l'argent de sa facture atteint les villages.