Observatoire · Inondations & assainissement
Des centaines de milliards engagés, des inondations qui reviennent
Depuis 2012, l'État a engagé des centaines de milliards de francs CFA contre les inondations. Pourtant, à chaque hivernage, les mêmes quartiers se retrouvent sous l'eau. Cet observatoire suit les montants annoncés, les ouvrages réellement construits et les financements mobilisés, en s'appuyant sur les documents officiels. Chaque chiffre indique d'où il vient.
Sources primaires : Cour des comptes, Banque mondiale, Primature, ONAS · 2012 → juillet 2026
01
Des montants engagés, des inondations récurrentes
Depuis 2012, le Plan décennal de lutte contre les inondations (2012-2022) a mobilisé un budget prévisionnel de près de 767 milliards FCFA. Les inondations restent pourtant récurrentes à chaque hivernage. Voici les ordres de grandeur, avec pour chacun sa source exacte.
766,988 Md
budget prévisionnel du Plan décennal 2012-2022
766 988 450 362 FCFA · phase d'urgence 66,375 Md, puis phases court et long terme
confirmé ONAS (onas.sn) ; ministère
511,231 Md
exécuté au 28 juin 2021
soit 66,65 % du budget · chiffre présenté à l'Assemblée nationale
confirmé ONAS (onas.sn), séance Assemblée nationale du 28 juin 2021
717,796 Md
montant déclaré exécuté (2012-2022)
717 795 562 832 FCFA · niveau de preuve : déclaration officielle (non auditée)
à confirmer annoncé par la coordination du PGIIS (Madické Cissé), bilan du 29 août 2023, relayé par l'APS
| Source | Montant (FCFA) | Niveau de preuve |
| Budget prévisionnel du Plan décennal | 766 988 450 362 | Document officiel |
| Mission parlementaire (2021) | 511 231 298 456 | Chiffre présenté à l'Assemblée nationale |
| Coordination PGIIS (2023) | 717 795 562 832 | Déclaration officielle (non auditée) |
| Audit public du plan | n.d. | Non retrouvé au 7 juillet 2026 |
Deux chiffres publics sur l'exécution du même plan
milliards de FCFA · sur un budget prévisionnel de 766,988 Md
Le montant de 717,8 Md est déclaré, pas audité. Il provient d'une déclaration publique du coordonnateur du PGIIS, Madické Cissé, lors d'un atelier de restitution des réalisations du Plan décennal le 29 août 2023. À ce jour, aucun rapport d'audit public n'a été identifié permettant de certifier ce montant. L'observatoire le présente donc comme un montant déclaré, et non comme un montant dépensé ou certifié.
Un écart de ~206 milliards en deux ans. Entre le chiffre présenté à l'Assemblée nationale en juin 2021 (511,2 Md) et celui déclaré par la coordination du PGIIS en août 2023 (717,8 Md), l'écart atteint 206,6 milliards FCFA. Les deux nombres ne sont pas nécessairement construits sur la même base comptable : rapprocher 717,8 de 766,988 pour en tirer un « taux d'exécution de 94 % » serait un raccourci arithmétique. Comment passe-t-on de 511 à 717,8 milliards en deux ans ? La réponse suppose un audit qui, à ce jour, n'a pas été rendu public.
02
Qui est responsable ? La chaîne des acteurs
La lutte contre les inondations est partagée entre un pilote politique, des bras techniques, des financeurs et des secours. Quand l'eau monte, savoir qui fait quoi évite les renvois de responsabilité.
MHA
Pilotage politique
Ministère de l'Hydraulique et de l'Assainissement, chargé de la prévention et de la gestion des inondations. Ministre : Dr Cheikh Tidiane Dièye.
DPGI
Prévention & gestion
Direction de la Prévention et de la Gestion des Inondations. Pilote le Comité national de gestion des inondations (CNGI).
ONAS
Réseaux & pompage
Office National de l'Assainissement du Sénégal. Curage, stations de pompage, motopompes.
ADM
Ouvrages municipaux
Agence de Développement Municipal. Maître d'ouvrage du PROGEP (bassins, canaux de Keur Massar).
APIX · AGEROUTE
Infrastructures
Drainage des grands axes, autoroute, ouvrages routiers associés.
Bailleurs
Financement
Banque mondiale (PROGEP), BOAD, AFD, Fonds Vert Climat. Apportent l'essentiel des financements résilients.
Secours
Urgence (Orsec)
Sapeurs-pompiers, génie militaire, collectivités. Interviennent quand l'eau est déjà là.
Primature
Coordination
Pilote le suivi interministériel. Conseil interministériel du 3 juillet 2026 présidé par le PM Ahmadou Al Aminou Lo.
03
Vingt ans de programmes, l'eau revient toujours
Le PROGEP II n'est que le dernier d'une longue série. Depuis 2005, les gouvernements successifs ont lancé plan sur plan, pour des centaines de milliards cumulés. Voici la chronologie, avec pour chacun son budget, son maître d'ouvrage et ce qu'il est devenu.
2005-2012 · Plan Jaxaay
52 milliards FCFA déclarés (Wade), pour reloger les sinistrés de 2005 et construire des bassins de rétention sur les terrains libérés. Résultat : environ 2 000 logements réalisés sur 3 000 prévus, 1 917 réellement attribués. La Cour des comptes (décembre 2010) a épinglé une gestion avec marchés de gré à gré, dépassements budgétaires et mauvais état des bassins de rétention. Taux de recouvrement des loyers : 1 % en 2014.
2012-2020 · PROGEP I
90,6 M$ (Banque mondiale) + 9 M$ (Fonds Nordique), dans Pikine, Guédiawaye et Rufisque. Maître d'ouvrage : ADM. Résultat déclaré supérieur à la cible : 167 000 habitants protégés (objectif 132 000), 8 bassins, 23 km de canalisations, 6 premiers comités locaux (COLIGEP).
2012-2022 · Plan décennal (PDLI)
766,988 milliards FCFA de budget prévisionnel, porté notamment par l'ONAS pour le drainage des eaux pluviales. Exécution présentée à l'Assemblée en 2021 : 511,231 Md. Puis 717,796 Md déclarés en 2023 (voir section 01).
en parallèle · autres programmes
Projet « Vivre avec l'Eau » (coopération britannique : réseaux tertiaires, gestion des déchets, plans de contingence) ; Projet d'assainissement des 10 villes (maître d'ouvrage ONAS, financement BOAD) ; interventions de PROMOVILLES, ANAT, AGEROUTE. Chacun avec son budget et son maître d'ouvrage propre.
2021 · urgence Keur Massar
15 milliards FCFA sur fonds propres de l'État, après les inondations de septembre 2020, pour amorcer une réponse d'urgence avant l'arrivée du financement de la Banque mondiale.
2022-2029 · PROGEP II
169,8 milliards FCFA (Banque mondiale 154,9 + Fonds Nordique 4,6 + État 10,3). Maître d'ouvrage : ADM. En cours à Keur Massar, Rufisque, Pikine, Guédiawaye (voir section 05).
Un fil rouge sur vingt ans. Dès le premier programme, en 2010, la Cour des comptes épinglait la gestion du Plan Jaxaay. Depuis, chaque hivernage ramène les mêmes quartiers sous l'eau, malgré des centaines de milliards annoncés et un empilement de programmes portés par des structures différentes. confirmé Cour des comptes 2010 ; Banque mondiale ; ADM.
04
Le suivi de l'argent : ce que dit la Cour des comptes
Le rapport définitif de la Cour des comptes sur l'ONAS (période 2012-2017, adopté le 5 décembre 2019) ne relève pas seulement des montants : il constate que le suivi budgétaire lui-même est défaillant. Quand le contrôle de l'argent est incomplet, il devient impossible de savoir où sont passés les milliards annoncés.
48 %
taux moyen de mobilisation du budget d'investissement de l'ONAS
2012-2017 · minimum 27 % en 2015
confirmé Cour des comptes, rapport ONAS (adopté 5 déc. 2019)
6,929 Md
d'écart entre la comptabilité de l'ONAS et les versements de la SDE
sur la redevance d'assainissement
confirmé Cour des comptes, rapport ONAS
14,113 Md
d'investissements programmés non réalisés
faute de mobilisation des ressources de l'État
confirmé Cour des comptes, rapport ONAS
L'ONAS ne produit pas de rapport d'exécution budgétaire
La Cour des comptes relève que l'ONAS n'élabore pas de rapports d'exécution budgétaire, ce qui rend difficile la comparaison entre les montants budgétisés et les montants réellement dépensés. Sans ce document, il n'existe aucun moyen simple de relier un montant annoncé à un ouvrage réellement construit dans un quartier.
Un audit annoncé, un rapport non identifié. Lors du conseil interministériel du 16 mai 2024 (Primature), le Premier ministre d'alors, Ousmane Sonko, a annoncé un audit des 717 milliards que l'État déclare avoir investis. À ce jour, aucun rapport public présentant les résultats de cet audit n'a été identifié. Le rapport de la Cour des comptes sur l'ONAS, lui, est un document distinct, déjà public. à confirmer audit annoncé mai 2024, résultats non publiés.
05
PROGEP II : ce que le rapport de la Banque mondiale montre vraiment
Le Projet de gestion des eaux pluviales phase II est le principal chantier résilient en cours à Dakar. Le rapport d'exécution de la Banque mondiale (juin 2026) donne des chiffres précis, y compris crédit par crédit. C'est là qu'apparaît un angle mort : deux des trois financements ne sont pas encore décaissés.
318,1 M$
coût total estimé du PROGEP II
soit environ 170 à 175 milliards FCFA selon le taux de conversion
confirmé Banque mondiale, rapport d'exécution juin 2026
35 %
du financement total décaissé
98,88 M$ décaissés · 183 M$ engagés (63 %)
confirmé Banque mondiale, rapport d'exécution juin 2026
250 000
personnes protégées
au-delà de la cible initiale de 150 000 · environ 1 500 ha
confirmé Banque mondiale, rapport d'exécution juin 2026
Décaissement crédit par crédit : deux financements encore à zéro
part décaissée de chaque crédit IDA · Banque mondiale, juin 2026
Les ouvrages réalisés (chiffres BM). Le rapport documente plus de 62 km de réseaux de drainage primaire et secondaire, environ 47 km de routes pavées et plus de 20 bassins de rétention. Les bassins de Mbeubeuss ont été achevés et transférés à l'ONAS ; le bassin de Mbao est à environ 85 %. confirmé Banque mondiale, juin 2026.
Les indemnisations en retard, reconnues par le bailleur. Sur 498 plaintes documentées liées au projet, 376 ont été closes, 122 restaient en attente et 120 ont été rejetées. Le rapport de la Banque mondiale lie ce retard à des délais dans le paiement des indemnités et la réparation des dommages causés par les travaux. À Keur Massar, des habitants dont la parcelle a été prise pour construire les canaux attendent leur indemnisation depuis plus d'un an. confirmé Banque mondiale, juin 2026.
Un blocage des paiements reconnu par le maître d'ouvrage. Dans son rapport d'activités 2024, l'ADM reconnaît que 2024 « a été une année difficile », marquée par le blocage du paiement des décomptes des entreprises et cabinets par la Direction de l'ordonnancement des dépenses publiques (DODP) depuis septembre 2024. Le PROGEP II n'a été exécuté qu'à 45,6 % de son budget annuel 2024 (12,7 Md sur 28,4 Md prévus), la composante planification urbaine à seulement 1 %. confirmé rapport d'activités ADM 2024.
06
Le maillon faible : la coordination entre acteurs
Trop d'acteurs interviennent sur les inondations sans coordination suffisante. Le problème est reconnu dans les documents de la Banque mondiale et confirmé par les décisions du gouvernement en 2026.
Un constat de la Banque mondiale. Le Cadre de Gestion Environnementale et Sociale du PROGEP relève, entre les multiples intervenants de la gestion des inondations, « des incohérences dans leurs interventions, en termes de gestion, de coordination et de synergie ».
Sept bâtisseurs, aucun gestionnaire unique
En juillet 2026, le conseil interministériel a dû créer un comité pour transférer à l'ONAS les ouvrages d'assainissement réalisés par sept structures différentes : PROMOVILLES, PAEIIS, CETUD, SENTER, SONES, APIX et ADM. Chacune a construit ses canaux et ses bassins de son côté. Résultat : aucune structure ne gère aujourd'hui l'ensemble du réseau de drainage, et l'eau se bloque aux jonctions entre ouvrages voisins mal raccordés.
7
structures publiques dont les ouvrages doivent être transférés à l'ONAS
PROMOVILLES, PAEIIS, CETUD, SENTER, SONES, APIX, ADM
confirmé Primature, conseil du 3 juillet 2026
Non unifié
gestionnaire unique du réseau de drainage pluvial
le transfert à l'ONAS est à l'étude, pas encore effectif
confirmé Primature, 3 juillet 2026
Sans gestionnaire unique, personne n'est clairement responsable quand un canal se bouche à la jonction entre deux ouvrages construits par deux agences différentes. L'eau stagne au premier point de rupture de la chaîne, et chaque structure renvoie la responsabilité à une autre.
07
Pré-hivernage 2026 : une échéance qui glisse
Les autorités ont fixé des délais pour que les ouvrages soient prêts avant les pluies. Cet observatoire suit ces échéances, telles qu'énoncées dans les documents officiels. En quelques semaines, la date-cible a déjà bougé.
24 avril 2026
Réunion du Comité national de gestion des inondations (CNGI), présidée par le ministre Cheikh Tidiane Dièye, pour préparer l'hivernage 2026 : anticipation des risques, coordination, mesures préventives.
échéance ONAS · 30 juin 2026
Objectif d'entretien électromécanique des stations de pompage avant le 30 juin, selon le plan d'actions de l'ONAS présenté au printemps 2026.
3 juillet 2026
Conseil interministériel présidé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo : instruction d'achever les travaux d'assainissement des eaux pluviales et le curage des réseaux avant la fin du mois de juillet. La date-cible passe donc de fin juin à fin juillet.
au 7 juillet 2026
Aucun bilan public consolidé ne dit, ouvrage par ouvrage, ce qui est réellement livré et prêt avant les pluies.
Le fait marquant du conseil du 3 juillet
Parmi les décisions officielles du Premier ministre figure l'instruction de « résorber les arriérés dus aux entreprises en charge des travaux de lutte contre les inondations ». Autrement dit, le gouvernement reconnaît lui-même que des entreprises n'ont pas été payées. Cela recoupe le constat de la Banque mondiale sur les retards de paiement du PROGEP II. Le conseil demande aussi que les besoins de budget soient remontés avant le 8 juillet 2026, et que les stations de pompage soient exclues des délestages.
Les autres décisions du 3 juillet (source : Primature). Transfert progressif à l'ONAS des ouvrages réalisés par d'autres structures (PROMOVILLES, PAEIIS, CETUD, SONES, APIX, ADM) ; application du décret n°2025-1184 du 16 juillet 2025 sur la préservation des voies d'eau naturelles ; interdiction d'occuper les zones à risque ; adoption prochaine de la Stratégie nationale de gestion intégrée du risque d'inondation (SNGIRI) ; task force pour les Jeux olympiques de la Jeunesse Dakar 2026. confirmé Primature, communiqué du 3 juillet 2026.
08
Motopompes chaque année, ou drainage durable une fois ?
Chaque hivernage, les autorités annoncent le pré-positionnement de motopompes. Mais les documents officiels reconnaissent que le pompage est une solution transitoire et coûteuse, et que la vraie réponse durable est le drainage gravitaire. Ce contraste est un angle central, entièrement documenté.
Le pompage : une rustine coûteuse, répétée
- L'ADM décrit son pompage comme un « dispositif transitoire » là où les ouvrages définitifs ne sont pas encore faits (31 sites, 4 stations tenues par l'ADM en 2024)
- Chaque conseil interministériel (2023, 2024, 2025, 2026) répète le pré-positionnement de motopompes et de pompes à gros débit
- Le pompage consomme carburant, électricité et personnel en continu pendant toute la saison
Le drainage gravitaire : la solution durable
- La Primature reconnaît que le drainage gravitaire permet « la suppression du dispositif de pompage »
- Ce qui engendre « des économies significatives : carburant, électricité, personnel, fonctionnement des stations de pompage »
- Thiaroye-sur-Mer est cité comme exemple de bascule vers un drainage gravitaire durable
Motopompes chaque hivernage : transition ou retard ?
L'État reconnaît que le drainage gravitaire supprime le besoin de pompage et fait des économies. Pourtant, le pré-positionnement de motopompes revient comme mesure phare chaque année. Deux explications possibles : soit les ouvrages gravitaires ne sont pas encore achevés, et le pompage prolongé mesure alors le retard des travaux ; soit certains sites resteront toujours sous le niveau d'évacuation naturelle. Savoir, site par site, dans quel cas on se trouve, dirait où le pompage est une étape et où il remplace un drainage qui n'a pas été fait.
31 sites
sous dispositif de pompage transitoire (ADM, 2024)
4 stations de pompage tenues par l'ADM · 22 864 m de collecteurs curés
confirmé rapport d'activités ADM 2024
Économies
attendues du passage au drainage gravitaire
carburant, électricité, personnel, fonctionnement des stations
confirmé Primature (drainage gravitaire)
09
Pourquoi l'eau stagne : le béton, mais aussi les comportements
Les inondations urbaines ne viennent pas que du manque d'ouvrages. Une partie des causes est humaine, et l'ONAS lui-même la pointe : des canaux bouchés par les déchets et le sable, des zones inondables occupées, des branchements clandestins.
50 %
des ménages dakarois occupent une zone inondable
conséquence d'un manque de planification urbaine
confirmé étude Banque mondiale 2015 ; ministère de l'Urbanisme
7 %
des communes disposent d'un plan directeur d'urbanisme
sur les 554 communes du Sénégal (2019)
confirmé ministère de l'Urbanisme, 2019
40 %
d'habitat spontané à Dakar
25 % dans les villes de l'intérieur
confirmé étude Banque mondiale, 2015
Les causes liées au bâti
- Imperméabilisation des sols : la bétonisation accélère le ruissellement et sature les réseaux
- Urbanisation rapide et pression sur les exutoires naturels vers la mer
- Occupation informelle des zones humides non constructibles, sans drainage
- Absence de pavage : le sable des voiries non revêtues ensable les canalisations
Les causes liées aux comportements
- Ordures ménagères, gravats, plastiques et carcasses d'animaux jetés dans les canaux
- Branchements clandestins dans les réseaux d'eaux usées et pluviales
- Constructions sur les voies d'écoulement et les bassins
- Non-désensablement des voiries, qui obstrue les collecteurs
Le constat vient de l'ONAS. Lors d'une rencontre en 2022, la direction de l'ONAS a énuméré les contraintes qui bloquent ses opérations : l'obstruction des canaux par les ordures ménagères, gravats, plastiques, carcasses d'animaux et le sable ; les branchements clandestins ; et les difficultés d'accès aux réseaux qui retardent les interventions. L'entretien ne peut donc pas venir des seuls pouvoirs publics : il dépend aussi de ce que chacun jette, ou non, dans les caniveaux. confirmé ONAS, 2022.
Ce que les documents recommandent. Préserver les voies d'eau naturelles (décret 2025-1184) ; interdire l'occupation des zones exposées et renforcer les contrôles de lotissement ; intégrer la dimension altimétrique du terrain dans les autorisations de construire ; renforcer la collecte des ordures pour éviter l'obstruction des canaux (décision du 3 juillet 2026).
10
L'entretien des ouvrages : le vrai risque de long terme
Construire un ouvrage ne suffit pas : sans entretien, un canal se bouche et une station tombe en panne. Les documents du PROGEP identifient eux-mêmes la pérennité du financement de l'entretien comme un enjeu de premier plan.
Ce que le projet reconnaît. Le PROGEP II fait de l'exploitation-maintenance un indicateur formel de résultat : transfert des ouvrages à l'ONAS, mécanisme budgétaire dédié, suivi du taux de curage des canaux. Une note de capitalisation du projet évoque la nécessité de mettre en place un mécanisme durable de financement de la gestion des eaux pluviales, précisément pour assurer la pérennité des ouvrages. L'enjeu n'est donc pas inventé : il est dans les documents du projet.
22 864 m
de collecteurs curés en 2024 (PROGEP II)
plus 30 600 m² de bassins et un ouvrage de rejet en mer
confirmé Banque mondiale, rapport de mission d'appui, avril 2025
9,9 M m³
d'eau évacués en 2024 par les stations de pompage
4 stations : Keur Massar Nord & Sud, Jaxaay Niakoul Rab, Sangalkam
confirmé Banque mondiale, rapport de mission d'appui, avril 2025
Non consolidé
budget annuel d'entretien réservé, ouvrage par ouvrage
pas de tableau public reliant chaque ouvrage à sa ligne de maintenance
à documenter donnée non publiée
Trois angles morts à surveiller. La part de l'État dans le financement est parfois versée en retard (arriérés aux entreprises reconnus le 3 juillet, indemnisations en attente au PROGEP II). Le budget d'entretien n'est pas publié ouvrage par ouvrage. La répartition entre investissements pour les eaux de pluie et pour les eaux usées n'est pas détaillée. Trois informations qui devraient être publiques et ne le sont pas.
11
Ce que le réseau sait, et ne sait pas encore, automatiser
Les technologies de supervision existent, mais la distinction est importante entre ce qui est documenté au Sénégal et ce qui reste une piste. Cette section sépare les deux, sans présenter des propositions techniques comme un état des lieux.
Documenté au Sénégal
- Plateformes de données et outils de gestion intégrée du risque (prévus par le PGIIS et le PROGEP II)
- Systèmes de contrôle électromécaniques sur certaines installations d'assainissement
- Étude lancée en 2023 sur l'alerte précoce et la gestion des infrastructures
- Cartographie des surfaces inondables (SIG, lidar) sur le triangle Dakar-Tivaouane-Joal
À documenter / pistes technologiques
- Capteurs de niveau d'eau connectés (IoT) généralisés
- Télégestion centralisée de l'ensemble du réseau anti-inondation
- Vannes motorisées et transfert automatisé du surplus entre bassins
- Alimentation solaire secourue contre les coupures d'électricité en pleine pluie
Les outils de mesure et de planification existent dans les documents de projet, mais rien ne permet d'affirmer que le réseau anti-inondation est aujourd'hui piloté automatiquement de bout en bout. Sur le terrain, l'action de secours reste largement manuelle : des équipes qui posent des motopompes, pas des vannes qui s'ouvrent toutes seules quand l'eau monte.
Piste d'enquête · sécuriser les ouvrages critiques
Une hypothèse circule : des stations de pompage s'arrêteraient non par panne, mais par vol de câbles et vandalisme des armoires électriques. Nous n'avons pas trouvé de source publique permettant d'en faire un phénomène national établi. C'est donc une question d'enquête, pas un constat : combien d'arrêts de stations sont liés au vandalisme ou au vol d'équipements ? Données à demander à l'ONAS : incidents 2022-2026 par station, valeur des équipements remplacés, durée d'indisponibilité, dispositifs de surveillance existants.
12
Ailleurs dans la sous-région : ce qui se fait à côté
Le Sénégal n'est pas seul face aux inondations urbaines. D'autres pays africains, confrontés aux mêmes pluies, ont obtenu des résultats visibles en peu d'années, souvent avec un maître d'ouvrage unique et un plan directeur clair. Un point de comparaison, pas un jugement.
| Pays / ville | Programme | Budget | Période | Point marquant |
| Bénin · Cotonou | PAPC (assainissement pluvial) | 264 Md FCFA | 2021-2026 | 146 km de collecteurs en 3 ans, un maître d'ouvrage unique (SIRAT), 6 bailleurs coordonnés |
| Côte d'Ivoire · Abidjan | Bassin versant du Gourou | 245 Md FCFA | depuis 2020 | barrages écrêteurs de crue, quartiers auparavant inondables améliorés |
| Rwanda · Kigali | RUDP II (dév. urbain) | ~175 M$ | 2022-2029 | réhabilitation des zones humides, 6 points noirs traités, zonage strict |
| Sénégal · Dakar | PROGEP II | 169,8 Md FCFA | 2022-2029 | 62 km de drainage, mais 7 structures à coordonner et 2 crédits à 0 % décaissé |
Le Bénin, un contraste parlant. À Cotonou, le gouvernement affirme que le PAPC a posé 146 km de collecteurs en trois ans, soit « presque 50 % de ce qui a été réalisé depuis 1960 ». Le programme suit un plan directeur d'assainissement unique, avec un seul maître d'ouvrage (SIRAT) et six bailleurs coordonnés autour d'une table ronde. C'est l'inverse du modèle sénégalais, où les ouvrages sont éclatés entre sept structures qu'il faut aujourd'hui regrouper. confirmé gouvernement du Bénin, 2022-2024.
Kigali et Abidjan : la planification d'abord. Le Rwanda a misé sur un zonage strict, le recasement des populations des zones à risque et la réhabilitation des zones humides, avec une réduction rapportée des dégâts de crues. La Côte d'Ivoire, après la catastrophe de 2018 à Abidjan (18 morts en une nuit), a construit des barrages écrêteurs et amélioré plusieurs quartiers. Deux approches différentes, un même point commun : un pilotage concentré plutôt qu'éclaté. à confirmer reprises publiques ; résultats à vérifier dans la durée.
13
Les quartiers face à l'eau : une cartographie à consolider
Le PGIIS a produit une cartographie des surfaces inondables à l'échelle nationale (prises de vues aériennes, lidar, modèle numérique de terrain). Mais il faut être précis sur ce que cette cartographie mesure.
Exposition documentée, pas classement officiel par commune. Les cartes du PGIIS et les études du PROGEP II documentent l'exposition et l'aléa à l'échelle locale (zones inondables, surfaces à risque). Il n'existe pas, à notre connaissance, une échelle publique standardisée classant chaque commune en risque « faible / moyen / élevé » comme un barème administratif officiel. Pour un observatoire sérieux, aléa (la pluie possible), exposition (ce qui est en zone inondable) et risque (la combinaison des deux) sont trois notions distinctes qu'il ne faut pas confondre. Toute carte publiée ici indiquera sa source, sa date et son type (aléa, exposition ou risque). confirmé PGIIS (pgiis.sec.gouv.sn) ; à enrichir commune par commune.
·
Sources & méthode
Documents primaires lus directement (badge « confirmé »). Rapport définitif de la Cour des comptes sur l'ONAS, période 2012-2017 (adopté le 5 décembre 2019, courdescomptes.sn) : mobilisation du BCI à 48 % en moyenne, écart de 6,929 Md avec la SDE, 14,113 Md d'investissements non réalisés, absence de rapports d'exécution budgétaire. Rapport d'exécution du PROGEP II, Banque mondiale (juin 2026) : coût 318,1 M$, décaissement 35 %, crédits IDA-73720 et 73730 à 0 %, 62 km de drainage, 250 000 personnes protégées, 498 plaintes dont 122 en attente, retards de paiement reconnus. Communiqué du conseil interministériel du 3 juillet 2026 (Primature) : achèvement avant fin juillet, résorption des arriérés aux entreprises, transfert des ouvrages à l'ONAS, décret 2025-1184. Compte rendu de la séance de l'Assemblée nationale du 28 juin 2021 (onas.sn) : budget 766,988 Md, exécution 511,231 Md.
Déclarations rapportées (badge « à confirmer »). Montant de 717,796 Md exécuté : déclaration du coordonnateur du PGIIS Madické Cissé, rapportée par l'APS le 29 août 2023, sans tableau d'exécution publié. Audit des 717 Md : annoncé au conseil interministériel du 16 mai 2024, résultats non identifiés publiquement à ce jour. Plan de pré-hivernage (150 km de curage, échéance du 30 juin, pompes de l'Unité 24) : plan d'actions de l'ONAS relayé par la presse. Ces éléments sont signalés comme à confirmer tant qu'un document primaire ne les appuie pas.
Méthode de vérification
Cet observatoire distingue deux niveaux de preuve. « Confirmé » signifie que le chiffre provient d'un document officiel que nous avons lu (rapport de la Cour des comptes, de la Banque mondiale, communiqué de la Primature, site de l'ONAS). « À confirmer » signifie que le chiffre provient d'une déclaration rapportée, attribuée à son auteur et à sa date, mais non encore appuyée par un document primaire accessible. Aucune reprise de presse n'est présentée comme une preuve définitive. L'écart entre les montants annoncés et les ouvrages livrés est présenté comme une question à éclaircir, appuyée sur les sources, et non comme une accusation.